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Corticoïdes locaux (dermocorticoïdes) — puissance, zones du corps et durée

Crèmes et pomades : classes de puissance, visage et plis, enfants — éviter l'usage prolongé sans suivi.

Équipe éditoriale Quel médicamentRelu par Relecture méthodologique interne le 2026-04-13Mis à jour le 2026-04-13Revu récemment

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Usage

Aide à la compréhension pour le patient et le professionnel, sans se substituer à la notice, au RCP ou au jugement clinique.

Introduction : des médicaments efficaces mais souvent mal utilisés

Les dermocorticoïdes (corticoïdes locaux cutanés) sont parmi les médicaments dermatologiques les plus prescrits. Ils sont efficaces pour de nombreuses maladies inflammatoires de la peau — eczéma, psoriasis, lichen, dermite de contact — mais leur utilisation est souvent inadaptée, soit par excès (surdosage, zones interdites), soit par défaut (corticiphobie : sous-traitement par peur des effets indésirables).

Rappel : Le choix d'un dermocorticoïde et sa durée d'utilisation doivent être guidés par un médecin ou dermatologue.


Les 4 classes de puissance

En France, les dermocorticoïdes sont classés en 4 niveaux de puissance :

ClasseNiveauExemples (molécule / spécialité)
Classe ITrès fortClobétasol propionate 0,05 % (Dermoval®, Clobex®)
Classe IIFortBétaméthasone dipropionate 0,05–0,1 % (Diprosone®), Mométasone 0,1 % (Élocom®)
Classe IIIModéréDésonide 0,1 % (Locapred®), Bétaméthasone valérate 0,025 % (Celestoderm®)
Classe IVFaibleHydrocortisone 0,5–2,5 % (Hydracort®)

Quelle puissance pour quelle localisation ?

La peau absorbe les corticoïdes différemment selon la zone :

ZonePuissance recommandée
Visage, couClasse IV ou III max — risque d'atrophie, télangiectasies
Plis (aisselles, aine, sous-sein)Classe III ou IV — absorption augmentée
PaupièresClasse IV uniquement — risque glaucome
Cuir cheveluClasse I–II (lotion ou shampooing)
Tronc, membresClasse II–III
Paumes, plantesClasse I–II (peau épaisse)
Nourrisson < 1 anClasse IV uniquement
Enfant 1–10 ansClasse III ou IV maximum

Quantité à appliquer : la règle de l'Unité Phalangette (UP)

Une unité phalangette = quantité de crème sur le bout du doigt jusqu'à la 2e phalange ≈ 0,5 g.

Zone corporelleUP nécessaires
Visage et cou2,5 UP
Un bras entier3 UP
Une jambe entière6 UP
Torse avant ou dos7 UP

Application : fine couche, 1 fois par jour (rarement 2 fois — pas plus efficace). Sur peau propre et légèrement humide.


Durée de traitement

PathologieDurée recommandée
Poussée d'eczéma atopique5–10 jours ; schéma proactif 2×/semaine ensuite
Dermite de contact7–14 jours
Psoriasis en plaques4–8 semaines (classe II) ; classe I max 2–4 semaines
Piqûre d'insecte inflammatoire3–5 jours

Ne jamais arrêter brutalement un traitement prolongé (> 4 semaines) — risque d'effet rebond. Réduire progressivement (jours alternés, puis arrêt).


Indications et contre-indications

Indications courantes

  • Dermatite atopique (eczéma) — traitement de référence des poussées
  • Psoriasis en plaques
  • Lichen plan et lichen scléroatrophique
  • Dermite séborrhéique du visage
  • Dermite de contact allergique ou irritative
  • Prurigo, piqûres d'insectes inflammatoires

Contre-indications absolues

  • Infections cutanées bactériennes, virales (herpès, zona) ou fongiques non traitées
  • Rosacée et dermatite péri-orale (aggravation)
  • Acné (aggravation certaine)
  • Plaies et ulcères ouverts

Effets indésirables

Locaux (usage prolongé ou inadapté)

  • Atrophie cutanée : amincissement de la peau, visibilité des vaisseaux — irréversible si sévère. Zones à risque : visage, plis, personnes âgées.
  • Télangiectasies : dilatation permanente de petits vaisseaux — surtout au visage.
  • Vergetures : dans les plis (aine, aisselles) — irréversibles.
  • Acné cortisonique : éruption acnéiforme sur les zones traitées.
  • Retard de cicatrisation : ne pas utiliser sur les plaies.
  • Surinfection : risque de masquer une infection sous-jacente.

Systémiques (rares, usage extensif)

L'absorption systémique augmente avec : la puissance, la surface traitée, la durée, les plis ou l'occlusion (couche-culotte chez le nourrisson).

  • Freinage surrénalien : uniquement si traitement étendu et prolongé
  • Hypertension oculaire/glaucome : application sur les paupières — à éviter sauf classe IV sur courte durée

La corticiphobie : un vrai problème de santé publique

40 à 80 % des parents d'enfants atopiques sous-utilisent les dermocorticoïdes par peur des effets indésirables. Conséquences : eczéma mal contrôlé, troubles du sommeil, surinfections, altération de la qualité de vie.

Utilisés correctement (bonne classe, bonne zone, bonne durée), les dermocorticoïdes sont sûrs et efficaces. Les effets indésirables surviennent principalement en cas d'usage prolongé ou inadapté.


Eczéma atopique : le schéma proactif

Pour réduire les rechutes dans la dermatite atopique, la HAS recommande le schéma proactif :

  1. Traiter les poussées activement (application quotidienne jusqu'à disparition)
  2. Puis 2 applications par semaine (ex. lundi + jeudi) sur les zones habituellement atteintes, même en dehors des poussées
  3. En association avec les émollients quotidiens (crème hydratante), qui constituent le traitement de fond

Galéniques : crème, pommade, lotion

FormeIndications
CrèmeLésions suintantes ou aiguës, zones humides
PommadeLésions sèches, hyperkératosiques, chroniques — meilleure pénétration
Lotion / gelCuir chevelu, grandes surfaces pileuses
MousseCuir chevelu (plus pratique)

Sources et références

  • HAS — Dermatite atopique de l'enfant et de l'adulte, 2018
  • Société Française de Dermatologie (SFD) — Recommandations dermatite atopique, 2023
  • ANSM — RCP des spécialités (Diprosone®, Élocom®, Locapred®, Dermoval®)
  • Bewley A — Expert consensus: topical corticosteroid use, Br J Dermatol 2008
  • VIDAL — Monographies dermocorticoïdes, 2025

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