Constipation chronique chez l'adulte — laxatifs et hygiène de vie
Fibres, hydratation, laxatifs de différentes classes et quand consulter — pas de protocole sur mesure.
Validation éditoriale
Guide indexable relu avant publication, avec mise à jour datée et contrôle des sources.
Usage
Aide à la compréhension pour le patient et le professionnel, sans se substituer à la notice, au RCP ou au jugement clinique.
Introduction : qu'est-ce que la constipation chronique ?
La constipation est l'un des troubles digestifs les plus fréquents : elle concerne environ 20 % de la population adulte en France, avec une prédominance féminine (2 femmes pour 1 homme) et une augmentation avec l'âge. Elle est souvent banalisée, mais peut altérer significativement la qualité de vie.
Définition clinique (critères de Rome IV)
Les critères de Rome IV (2016) définissent la constipation chronique fonctionnelle par la présence d'au moins 2 des critères suivants pendant plus de 3 mois (avec début il y a plus de 6 mois) :
- Efforts de poussée lors de plus de 25 % des défécations
- Selles dures ou en « billes » lors de plus de 25 % des défécations
- Sensation d'évacuation incomplète lors de plus de 25 % des défécations
- Sensation de blocage ou d'obstruction anorectale lors de plus de 25 % des défécations
- Manœuvres manuelles nécessaires lors de plus de 25 % des défécations
- Moins de 3 selles spontanées par semaine
La fréquence des selles seule n'est pas suffisante pour définir la constipation — la consistance et les difficultés à l'exonération comptent autant.
Rappel : Ce guide est informatif. Un symptôme nouveau, persistant ou associé à des signaux d'alarme nécessite une consultation médicale.
Causes et facteurs favorisants
Avant de traiter la constipation, il est essentiel d'identifier sa cause :
Causes médicamenteuses fréquentes
Nombreux médicaments constipent et sont souvent méconnus :
| Classe | Exemples courants |
|---|---|
| Opioïdes | Codéine, tramadol, morphine, oxycodone |
| Antidépresseurs tricycliques | Amitriptyline, clomipramine |
| Antidépresseurs ISRS | Parfois, surtout paroxétine |
| Antispasmodiques anticholinergiques | Tiémonium, hyoscine |
| Antihistaminiques sédatifs | Hydroxyzine, diphénhydramine |
| Antiacides à l'aluminium | Alucol, Maalox® (contient aluminium) |
| Suppléments de fer | Tous les sels de fer oraux |
| Antagonistes du calcium | Vérapamil > amlodipine |
| Antipsychotiques | Clozapine, chlorpromazine |
Si un médicament est en cause, discuter avec le médecin d'un ajustement ou d'une substitution avant tout laxatif.
Causes organiques à ne pas manquer
- Hypothyroïdie : cause fréquente et traitable — doser la TSH
- Hypercalcémie (néoplasie, hyperparathyroïdie)
- Diabète (neuropathie végétative)
- Maladie de Parkinson, sclérose en plaques
- Syndrome du côlon irritable à prédominance constipation (SII-C)
- Causes locales : fissure anale, rectocèle, prolapsus rectal
Facteurs de mode de vie
- Sédentarité
- Hydratation insuffisante (< 1,5 L/j)
- Alimentation pauvre en fibres (< 15 g/j au lieu des 25–30 g recommandés)
- Inhibition du réflexe défécatoire (retenir par habitude)
Mesures hygiéno-diététiques : première étape
Les mesures non médicamenteuses constituent le premier traitement, efficace dans de nombreux cas.
Fibres alimentaires
L'objectif est d'atteindre 25 à 30 g de fibres par jour :
| Aliment | Teneur en fibres (pour 100 g) |
|---|---|
| Son de blé | 43 g |
| Graines de lin | 27 g |
| Haricots secs cuits | 7–9 g |
| Pruneaux | 7 g |
| Pain complet | 6 g |
| Pomme avec peau | 2,4 g |
Augmenter progressivement pour éviter les flatulences et ballonnements. Les fibres solubles (avoine, légumineuses) sont mieux tolérées que les insolubles (son de blé) chez les patients avec côlon irritable.
Hydratation
Boire au moins 1,5 à 2 L d'eau par jour — l'eau est indispensable à l'efficacité des fibres. L'eau minérale riche en magnésium (Hépar®, Contrex®) peut avoir un léger effet laxatif.
Activité physique
30 minutes de marche rapide quotidienne stimulent la motricité colique. La sédentarité est un facteur de constipation démontré.
Éducation comportementale
- Répondre au réflexe défécatoire (ne pas le retenir)
- Aller aux toilettes à heure fixe, de préférence après le petit-déjeuner (réflexe gastro-colique)
- Position squattée ou tabouret sous les pieds (angle anorectal plus ouvert, facilite l'évacuation)
- Éviter les efforts excessifs (risque de prolapsus, hémorroïdes)
Laxatifs : quelle classe, quand et comment ?
1. Laxatifs osmotiques (première ligne médicamenteuse)
Les laxatifs osmotiques retiennent l'eau dans la lumière intestinale en créant un gradient osmotique.
Macrogol (polyéthylène glycol — PEG) : traitement de référence
- Exemples : Forlax®, Movicol®, Macrogol Mylan®
- Mécanisme : non absorbé, inerte, retient l'eau dans le côlon
- Efficacité : prouvée, effet en 24–48 h
- Tolérance : excellente sur le long terme, pas de dépendance
- Posologie : 1 sachet/jour, ajustable selon la réponse (jusqu'à 2-3 sachets/j)
- Grossesse : peut être utilisé (non absorbé)
- Enfant : formes pédiatriques disponibles (Forlax® enfant)
Lactulose et lactitol : disaccharides non absorbés
- Lactulose (Duphalac®) : efficace mais peut provoquer flatulences et ballonnements importants (fermentation bactérienne colique)
- Moins bien toléré que le macrogol — à réserver si intolérance au macrogol
- Délai d'action : 24–48 h
Sels de magnésium : hydroxyde ou sulfate de magnésium
- Laxatif osmotique à effet rapide (4–8 h)
- Prudence en insuffisance rénale (accumulation de magnésium)
- Plutôt pour usage ponctuel
2. Laxatifs de lest (mucilages)
Augmentent le volume fécal en absorbant l'eau :
- Psyllium (Métamucil®, Psyllium Biocyte) : fibre soluble, bien tolérée
- Ispaghule : similaire au psyllium
- Méthylcellulose
Conditions d'efficacité : obligatoirement pris avec au moins 200–250 mL d'eau — sinon risque d'obstruction. À éviter en cas de troubles de la déglutition ou de constipation sévère avec ralentissement marqué.
3. Laxatifs stimulants (irritants)
Stimulent la motricité colique par action sur la muqueuse :
- Bisacodyl (Dulcolax®) : comprimés (effet en 6–12 h) ou suppositoires (effet en 15–60 min)
- Picosulfate de sodium (Prepacol®) : efficace, effet en 6–12 h
- Séné (Agiolax®, Tamarine®) : plante, même mécanisme
Important : les laxatifs stimulants sont réservés à l'usage ponctuel et à court terme. Un usage prolongé peut provoquer une dépendance colique (côlon dit "paresseux"), des troubles électrolytiques (hypokaliémie), et une mélanose colique (dépôt pigmentaire bénin mais marqueur d'abus). Ne pas utiliser plus de quelques jours sans avis médical.
4. Préparations rectales
Utiles pour la constipation basse ou en urgence :
| Forme | Exemple | Indication |
|---|---|---|
| Suppositoire à la glycérine | Suppositoires Glycérine Cooper® | Constipation basse, enfant |
| Suppositoire bisacodyl | Dulcolax® suppositoire | Évacuation rapide (15–60 min) |
| Lavement évacuateur | Normacol® lavement | Fécalome, constipation sévère |
| Micro-lavement | Microlax® | Fécalome, nourrisson |
5. Laxatifs lubrifiants (huile de paraffine)
L'huile de paraffine (Lubentyl®) lubrifie le bol fécal. Efficace mais risque de pneumonie lipoïde en cas de fausse route — contre-indicée chez les personnes âgées, les enfants, les personnes alitées ou dysphagie. Usage très limité aujourd'hui.
Tableau de synthèse : quel laxatif pour qui ?
| Situation | Traitement recommandé |
|---|---|
| Constipation chronique fonctionnelle | Macrogol en 1re intention |
| Grossesse | Mucilages (psyllium) + macrogol si insuffisant |
| Enfant (> 6 mois) | Lactulose ou macrogol pédiatrique |
| Sujet âgé (grabataire) | Macrogol ± lavement si fécalome |
| Constipation aiguë (< 72 h) | Bisacodyl suppositoire ou stimulant ponctuel |
| Post-opératoire (chirurgie colorectale) | Macrogol ou lactulose selon protocole |
| Insuffisance rénale | Macrogol (éviter sels de magnésium et lactulose à forte dose) |
| SII-C (intestin irritable) | Mucilages ou macrogol + règles hygiéno-diététiques |
Signaux d'alarme : quand consulter en urgence ?
Consultez rapidement votre médecin si la constipation est associée à :
- Rectorragies (sang dans les selles)
- Amaigrissement involontaire (> 5 % du poids en 6 mois)
- Anémie inexpliquée
- Douleurs abdominales sévères ou persistantes
- Modification récente du transit chez une personne de plus de 50 ans sans cause évidente
- Constipation d'apparition brutale sans facteur déclenchant
- Antécédents familiaux de cancer colorectal
- Absence totale de gaz (occlusion ?)
Ces signes peuvent indiquer une pathologie organique (cancer colorectal, maladie inflammatoire) nécessitant une coloscopie.
Cas particuliers
Constipation et grossesse
Très fréquente (50–80 % des femmes enceintes) par effet progestérone (ralentissement colique) et compression mécanique. Traitements sûrs :
- Mucilages (psyllium) : première ligne, non absorbés
- Macrogol : non absorbé, jugé sûr en pratique bien que les données formelles soient limitées
- Lactulose : deuxième ligne (ballonnements)
- Éviter les laxatifs stimulants en début et fin de grossesse
Constipation du sujet âgé
Très fréquente, souvent multifactorielle (médicaments, déshydratation, immobilité, troubles cognitifs). Le macrogol reste le traitement de référence. Attention au fécalome (masse de selles indurées en rectum), qui peut se manifester par des selles liquides paradoxales (selles passant autour du fécalome) — traitement par lavements.
Constipation aux opioïdes (OIC)
Constipation quasi universelle sous opioïdes (morphine, oxycodone, tramadol) : les opioïdes bloquent les récepteurs mu intestinaux. Un laxatif doit être prescrit systématiquement dès le début du traitement (macrogol ou laxatif osmotique + stimulant). En cas d'échec, le méthylnaltrexone (Relistor®, antagoniste opioïde périphérique) peut être utilisé sans réduire l'analgésie centrale.
Sources et références
- Longstreth GF et al. — Functional bowel disorders, Gastroenterology, 2006 (Rome III) ; mise à jour Rome IV 2016
- HAS — Constipation chez l'adulte : diagnostic et traitement, recommandation 2007
- SNFGE (Société Nationale Française de Gastro-Entérologie) — Thésaurus constipation
- ANSM — RCP des spécialités (Forlax, Dulcolax, Duphalac, Lubentyl)
- Prescrire Rédaction — Constipation : traitements médicamenteux, Rev Prescrire 2023
- VIDAL — Monographies laxatifs, 2025
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