Respiratoire·7 min

Asthme — inhalateurs, technique et traitement de fond

Bronchodilatateurs de secours (SABA), corticoïdes inhalés, associations CSI+LABA, technique d'inhalation et plan d'action personnalisé — repères éducatifs complets.

Équipe éditoriale Quel médicamentMis à jour le 2026-04-10Revu récemment

Comprendre l'asthme

L'asthme est une maladie inflammatoire chronique des voies respiratoires, caractérisée par :

  • Une inflammation bronchique persistante, même entre les crises
  • Une hyperréactivité bronchique : les bronches réagissent de façon exagérée à des stimuli inoffensifs pour les non-asthmatiques
  • Une obstruction bronchique variable et réversible spontanément ou sous traitement

Il touche environ 4 millions de personnes en France, dont 1 million d'enfants. C'est la maladie chronique la plus fréquente de l'enfant.

Physiopathologie simplifiée

Un contact avec un allergène ou un irritant provoque un bronchospasme (contraction des muscles lisses bronchiques) associé à une hypersécrétion de mucus et un œdème de la paroi. Ces trois mécanismes réduisent le calibre des bronches et provoquent les symptômes : sifflement, dyspnée, toux, oppression thoracique.

Facteurs déclenchants à identifier

Identifier et réduire les facteurs déclenchants est aussi important que le traitement médicamenteux :

Allergènes (asthme allergique = 60 % des asthmatiques adultes)

  • Acariens : literie, moquettes, peluches → housses anti-acariens, lavage à 60 °C
  • Animaux domestiques : squames de chat, chien → éviction idéale (mais difficile)
  • Pollens : saison pollinique → antihistaminiques, rester à l'intérieur lors des pics
  • Moisissures : humidité → ventilation, déhumidificateur

Irritants non allergiques

  • Tabagisme actif et passif : irritation directe, réduit l'efficacité des CSI
  • Pollution atmosphérique : particules fines, ozone
  • Parfums et produits chimiques : peintures, solvants, sprays
  • Air froid et sec
  • Exercice physique : asthme d'effort (traitement préventif possible)

Autres facteurs

  • Infections respiratoires virales (rhinovirus ++) : principales causes d'exacerbations chez l'enfant
  • AINS et aspirine : contre-indiqués en cas d'asthme à l'aspirine (triade de Widal)
  • Bêtabloquants : bronchospasme possible (contre-indiqués dans l'asthme sauf sélectifs à très faible dose sous surveillance)
  • Stress émotionnel
  • RGO (reflux gastro-œsophagien) : aggrave l'asthme chez certains patients

Les 4 niveaux de sévérité de l'asthme

Le classement de l'asthme selon les recommandations GINA (Global Initiative for Asthma) oriente le traitement :

  1. Asthme intermittent : symptômes < 2 fois/semaine, réveil nocturne ≤ 2 fois/mois
  2. Asthme persistant léger : symptômes > 2 fois/semaine, réveils ≤ 4/mois
  3. Asthme persistant modéré : symptômes quotidiens, réveils > 1/semaine
  4. Asthme persistant sévère : symptômes continus, activité limitée, réveils fréquents

Les médicaments de l'asthme : deux catégories

A. Médicaments de secours (crise)

Salbutamol (Ventoline® et génériques) — SABA

Le salbutamol est un agoniste bêta-2 à courte durée d'action (SABA : Short-Acting Beta-2 Agonist). C'est le médicament de crise de référence.

  • Délai d'action : 3–5 minutes
  • Durée d'action : 4–6 heures
  • Usage : à la demande lors des symptômes, pas en continu

Signal d'alerte : Utilisation du salbutamol plus de 2 fois par semaine (hors asthme d'effort) = asthme insuffisamment contrôlé → renforcer le traitement de fond.

Technique d'inhalation avec le spray (pMDI) :

  1. Agiter l'inhalateur
  2. Expirer lentement, loin de l'embout
  3. Placer l'embout entre les lèvres (bien fermées)
  4. Inspirer lentement et profondément tout en appuyant
  5. Retenir le souffle 10 secondes
  6. Expirer lentement

Une chambre d'inhalation (espaceur) améliore significativement l'efficacité et réduit le dépôt oropharyngé. Recommandée chez tous les enfants < 8 ans et chez les adultes ayant des difficultés de coordination.

B. Médicaments de fond (traitement de base)

Corticoïdes inhalés (CSI) — pilier du traitement de fond

Les corticoïdes inhalés sont le traitement de fond le plus efficace dans l'asthme persistant. Ils réduisent l'inflammation bronchique chronique.

Molécules : béclométasone (Qvar, Becotide), budésonide (Pulmicort), fluticasone (Flixotide), ciclésonide (Alvesco), mométasone (Asmanex)

Points clés :

  • L'effet est progressif : 2–4 semaines pour l'effet anti-inflammatoire complet
  • A prendre quotidiennement, même sans symptômes (traitement de fond ≠ traitement de crise)
  • Rincer la bouche après chaque inhalation (prévention de la candidose oropharyngée et de la dysphonie)

Craintes injustifiées sur les corticoïdes inhalés :

  • La dose systémique absorbée est infime comparée aux corticoïdes oraux
  • Aux doses habituelles, pas d'effet significatif sur la croissance chez l'enfant selon les études à long terme
  • Le rapport bénéfice/risque est très favorable par rapport au risque des crises non traitées

Associations CSI + LABA (β2-agoniste à longue durée d'action)

En cas d'asthme insuffisamment contrôlé par les CSI seuls, on ajoute un LABA (Long-Acting Beta-2 Agonist) :

Association fixeMoléculesMarque
Budésonide + formotérolCSI + LABASymbicort, Fostair
Fluticasone + salmétérolCSI + LABASeretide
Béclométasone + formotérolCSI + LABAFoster
Fluticasone + vilantérolCSI + LABARelvar Ellipta

Règle absolue : les LABA ne s'utilisent jamais seuls dans l'asthme (risque d'aggravation démontré en monothérapie). Ils sont toujours associés à un CSI.

Stratégie MART (Maintenance and Reliever Therapy)

Avec les associations budésonide/formotérol, il est possible d'utiliser le même inhalateur pour le traitement de fond ET pour les crises (technique MART). Le formotérol ayant un délai d'action rapide (~1 min), il peut servir de bronchodilatateur de secours.

Avantages : simplification du traitement, réduction des exacerbations graves, meilleure couverture anti-inflammatoire pendant les crises.

Autres médicaments de fond

Antagonistes des récepteurs aux leucotriènes (LTRA) :

  • Montélukast (Singulair®) : comprimé oral, actif sur l'inflammation à leucotriènes. Utile dans l'asthme allergique, l'asthme d'effort, chez l'enfant. Alerte ANSM/FDA : troubles neuropsychiatriques possibles (anxiété, dépression, idées suicidaires) → réévaluer régulièrement.

Anti-IgE : omalizumab (Xolair®) Pour l'asthme allergique sévère non contrôlé sous CSI + LABA. Injection sous-cutanée toutes les 2–4 semaines. Très efficace dans les formes sévères allergiques.

Biologiques anti-IL-5/IL-4/IL-13 : Mépolizumab, dupilumab : pour les asthmes éosinophiliques sévères réfractaires. Spécialités coûteuses, prescription spécialisée.

Paliers de traitement (GINA 2024)

Palier 1 : CSI à faible dose + formotérol à la demande (stratégie "as-needed" SABA-free)

Palier 2 : CSI faible dose quotidien + SABA à la demande

Palier 3 : CSI faible dose + LABA quotidien OU CSI dose modérée + SABA

Palier 4 : CSI dose modérée à forte + LABA + SABA OU MART

Palier 5 : CSI forte dose + LABA + bilan spécialisé + biothérapie

La technique d'inhalation : facteur clé d'efficacité

Une mauvaise technique d'inhalation est responsable de 50 à 80 % des asthmes mal contrôlés. Il existe plusieurs types d'inhalateurs :

Spray (pMDI — pressurized Metered Dose Inhaler)

Nécessite une coordination inspiration/pression. Avantage : petite taille, faible coût. Inconvénient : difficile pour les enfants et certains adultes → utiliser une chambre d'inhalation.

Inhalateur à poudre sèche (DPI — Dry Powder Inhaler)

Turbuhaler (Pulmicort, Symbicort), Diskus (Seretide, Flixotide), Ellipta (Relvar, Incruse)... Déclenché par l'inspiration, pas besoin de coordination. Nécessite un débit inspiratoire suffisant (> 30 L/min). Ne pas secouer ni expirer dans le dispositif.

Inhalateur à brume douce (SMI)

Spiriva Respimat : libération lente de brume, moins dépendant du débit inspiratoire.

À vérifier à chaque consultation :

  • La technique du patient avec son inhalateur
  • L'entretien et le nettoyage de la chambre d'inhalation
  • La gestion des doses restantes (compteur de doses)

Plan d'action personnel : indispensable

Chaque patient asthmatique doit avoir un plan d'action écrit remis par son médecin ou pneumologue :

Zone verte (asthme contrôlé) : prendre le traitement de fond quotidien normalement.

Zone orange (aggravation) : augmenter la fréquence des bronchodilatateurs de secours, augmenter temporairement les CSI selon le plan.

Zone rouge (crise sévère) : appeler le 15 si salbutamol inefficace après 4 bouffées, difficulté à parler ou se déplacer, cyanose.

Signes d'une crise grave → appeler le 15

  • Dyspnée empêchant de finir une phrase
  • Fréquence respiratoire > 30/min
  • Saturation en oxygène < 92 %
  • Salbutamol inefficace après 10–20 bouffées
  • Cyanose des lèvres ou des doigts
  • Confusion, épuisement

À retenir

  • Deux types de médicaments : secours (salbutamol, rapide, à la demande) et fond (CSI, quotidien, préventif).
  • Les CSI doivent être pris tous les jours même sans symptômes.
  • Rincer la bouche après chaque inhalation de CSI.
  • Vérifier régulièrement sa technique d'inhalation avec son pharmacien ou médecin.
  • Un besoin de salbutamol > 2 fois/semaine = asthme insuffisamment contrôlé → consulter.
  • Avoir un plan d'action écrit et savoir quand appeler le 15.

Sources et références

  • GINA (Global Initiative for Asthma) — Global Strategy for Asthma Management 2024
  • HAS — Guide du parcours de soins : asthme de l'adulte
  • ANSM — Fiches de bon usage : bronchodilatateurs, corticoïdes inhalés
  • Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) — Recommandations asthme 2021

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