Ibuprofène vs Aspirine : deux AINS aux profils distincts
L'ibuprofène et l'aspirine partagent la classe des AINS. L'aspirine se distingue par son action antiagrégante plaquettaire irréversible et ses contre-indications spécifiques.
Deux AINS, deux profils très différents
Ibuprofène et aspirine (acide acétylsalicylique) appartiennent tous deux à la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et inhibent les cyclo-oxygénases (COX). Pourtant, leurs profils cliniques sont suffisamment distincts pour qu'ils ne soient pas interchangeables.
Mécanisme d'action
L'ibuprofène inhibe de façon réversible les COX-1 et COX-2. Son effet anti-inflammatoire, antalgique et antipyrétique disparaît en quelques heures après la dernière prise.
L'aspirine inhibe les COX de façon irréversible par acétylation covalente. À forte dose (> 1 g), elle a un effet anti-inflammatoire, antalgique et antipyrétique. À faible dose (75–325 mg), son inhibition irréversible de la COX-1 plaquettaire lui confère un puissant effet antiagrégant plaquettaire utilisé en prévention cardiovasculaire. Les plaquettes ne synthétisant pas de nouvelles COX, cet effet dure toute leur vie (8–10 jours).
Utilisations principales
Ibuprofène
- Douleurs légères à modérées (dentaire, musculaire, règles douloureuses)
- Fièvre (en 2e intention après paracétamol)
- États inflammatoires aigus (entorse, traumatologie)
- Disponible sans ordonnance jusqu'à 400 mg/prise
Aspirine
- À faible dose (75–160 mg/j) : prévention secondaire cardiovasculaire (infarctus, AVC ischémique) — sur prescription
- À dose anti-inflammatoire (500 mg–1 g) : douleur, fièvre, rhumatisme articulaire aigu — de moins en moins utilisée en automédication
- Rôle historique dans la péricardite aiguë
Effets indésirables comparés
| Ibuprofène | Aspirine | |
|---|---|---|
| Tolérance digestive | Mauvaise (ulcères, hémorragie) | Mauvaise (même classe) |
| Effet antiagrégant | Réversible, faible | Irréversible, majeur |
| Risque hémorragique | Oui (interaction anticoagulants) | Plus élevé (irréversible) |
| Allergie croisée | Possible avec autres AINS | Possible |
| Grossesse | CI dès 24 SA | CI dès 24 SA |
| Enfant < 16 ans | Autorisé dès 3 mois | Contre-indiqué (syndrome de Reye) |
Le syndrome de Reye
L'aspirine est formellement contre-indiquée chez l'enfant et l'adolescent de moins de 16 ans présentant une infection virale (grippe, varicelle). L'association aspirine + virus peut provoquer un syndrome de Reye, encéphalopathie grave avec insuffisance hépatique, potentiellement fatal. Cette contre-indication est absolue.
Interactions médicamenteuses importantes
Communes aux deux :
- Anticoagulants (AVK, héparine, AOD) : risque hémorragique majeur
- Autres AINS : ne pas associer (cumul d'effets indésirables sans gain d'efficacité)
- Lithium, méthotrexate : toxicité augmentée
Spécifique à l'aspirine :
- Aspirine antagonise l'effet cardioprotecteur de l'ibuprofène si pris simultanément : si un patient est sous aspirine faible dose, il faut prendre l'ibuprofène au moins 8 heures après l'aspirine du matin.
L'aspirine cardio : une indication précise
L'aspirine à faible dose (75–100 mg) est prescrite uniquement en prévention secondaire cardiovasculaire (après un infarctus, AVC, pose de stent). Son usage en prévention primaire (sans antécédent cardiovasculaire) n'est plus recommandé en France depuis les nouvelles guidelines, le rapport bénéfice/risque hémorragique n'étant pas favorable chez les sujets à faible risque.
À retenir
- Pour la douleur ou la fièvre en automédication : ibuprofène est l'AINS de référence, l'aspirine anti-inflammatoire tend à être abandonnée.
- L'aspirine à faible dose est un médicament cardiovasculaire, à ne pas confondre avec l'aspirine antalgique.
- Jamais d'aspirine chez l'enfant < 16 ans en cas de fièvre ou d'infection virale.
- Ne jamais associer deux AINS sans avis médical.