Fer ferreux vs Fer ferrique : supplémentation en fer
Le fer ferreux (Tardyferon, Ferrostrane) est mieux absorbé que le fer ferrique. Comparaison de la tolérance digestive et des formes disponibles.
Fer ferreux et fer ferrique : absorption et tolérance digestive en pratique
Les suppléments de fer existent principalement sous deux formes ioniques : le fer ferreux (Fe²⁺) et le fer ferrique (Fe³⁺). Ces deux formes diffèrent par leur absorption intestinale et leur tolérance digestive, ce qui détermine leur utilisation clinique.
Mécanisme d'absorption : une étape essentielle
L'absorption du fer alimentaire et médicamenteux se fait dans le duodénum et le jéjunum proximal. Cette absorption suit des voies différentes selon la forme :
Fer ferreux (Fe²⁺) : absorbé directement par le transporteur DMT1 (Divalent Metal Transporter 1) à la surface des entérocytes. Ce mécanisme est efficace et rapide.
Fer ferrique (Fe³⁺) : doit d'abord être réduit en fer ferreux (Fe²⁺) par une enzyme de surface (réductase ferrique, cytochrome b de type duodénal) avant d'être absorbé. Cette étape de réduction supplémentaire réduit l'efficacité de l'absorption globale.
Biodisponibilité comparative
La biodisponibilité orale du fer ferreux est significativement meilleure que celle du fer ferrique : les sels ferreux sont absorbés 2 à 3 fois plus efficacement que les sels ferriques à dose équivalente en milieu neutre ou alcalin. C'est pourquoi les formes ferreux sont historiquement les plus utilisées en supplémentation orale.
Formes ferreux disponibles
En France, de nombreux médicaments et compléments alimentaires contiennent du fer sous forme ferreux :
- Fumarate ferreux (Fumafer)
- Sulfate ferreux (Tardyferon, Fero-Grad)
- Gluconate ferreux, bisglycinate ferreux (formes dans les compléments alimentaires)
La prise à jeun, 30 minutes avant les repas, maximise l'absorption. La vitamine C (acide ascorbique) améliore l'absorption du fer non héminique en réduisant le Fe³⁺ en Fe²⁺.
Formes ferriques et avantages de tolérance
Le principal inconvénient du fer ferreux est sa mauvaise tolérance digestive : nausées, constipation, douleurs abdominales, selles noires. Ces effets indésirables sont liés à la forme ionique libre dans la lumière intestinale et sont dose-dépendants.
Les nouvelles formes de fer ferrique (hydroxyde de fer polymaltose — Maltofer, Ferrosig) sont mieux tolérées sur le plan digestif. Bien que moins bien absorbées à pH neutre, elles libèrent le fer de façon progressive dans l'intestin, ce qui réduit les effets irritants. Certaines études suggèrent une efficacité comparable à long terme, notamment dans la prévention de la carence martiale légère.
Interactions alimentaires et médicamenteuses
Les deux formes sont affectées par :
- Les aliments riches en acide phytique (céréales complètes, légumineuses) : réduisent l'absorption
- Le thé, le café (tanins) : réduisent l'absorption
- Le calcium (produits laitiers) : compétition à l'absorption
- Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et les antiacides : réduisent l'acidité gastrique nécessaire à la conversion du Fe³⁺ en Fe²⁺ (impact plus marqué sur le fer ferrique)
La prise de fer et de lévothyroxine doit être espacée d'au moins 2 heures (absorption de la lévothyroxine réduite par le fer).
Indications et conseils pratiques
Le fer par voie orale est indiqué dans l'anémie ferriprive et la carence martiale. Le traitement dure généralement 3 à 6 mois après normalisation de l'hémoglobine pour reconstituer les réserves. Si les effets digestifs sont importants, essayez de prendre le fer pendant les repas (au détriment d'une légère réduction de l'absorption) ou passez à une formulation mieux tolérée.
Demandez conseil à votre pharmacien ou médecin.